Vive la retraite
VIVE LA RETRAITE
Martin reposa le stylo. Il venait de signer dans un même mouvement la vente de son entreprise et la vente de sa maison. Il tournait une nouvelle page de sa vie. Romain, l'acquéreur de l'ensemble, lui tendit la main et les deux hommes se donnèrent une poignée de main virile.
Maitre Hédemi, le notaire, rassembla les documents dans une pochette et fit savoir aux deux hommes qu'il leur ferait parvenir les différents contrats paraphés par ses soins. Il remit en outre à Martin les deux chèques de plusieurs centaines de milliers d'euros correspondants aux deux transactions. Martin demanda à Romain s'il pouvait le déposer à la gare, ce à quoi consentit bien volontiers le plus jeune des deux.
Après avoir pris congé du notaire, les deux hommes entrèrent dans la voiture et Romain prit la route de la gare. La Tesla rutilante de Romain fit une entrée aussi remarquée que silencieuse sur le parking de la gare. Les deux hommes se séparèrent après une nouvelle poignée de main et s'être mutuellement souhaité bonne chance pour leurs projets respectifs. Romain pénétra dans la gare, s'arrêta devant un automate sur lequel il prit un billet pour la ville voisine et rejoignit les quais. Romain, quant à lui, reprit le volant et tourna à gauche à la sortie du parking de la gare.
A peine sur le quai, Martin se dirigea vers la passerelle enjambant les voies. Presque arrivé au bout, après avoir pris soin de vérifier qu'il était seul, il passa outre une barrière et se dirigea vers un accès normalement désaffecté de la gare. Arrivé au bout, la porte en métal barrant le passage ne lui opposa que peu de résistance et comme il s'y attendait une voiture coffre ouvert l'attendait. Il s'avança et un homme lui mit sur le visage une cagoule le rendant aveugle. Il lui lia ensuite les mains dans le dos à l'aide de menottes et enfin pour faire bonne mesure lui envoya un coup de poing dans le ventre lui coupant le souffle avant de le pousser dans le coffre de la voiture. Martin n'avait pas esquissé le moindre geste de résistance.
Romain arrivait devant la maison qu'il venait d'acquérir. Il actionna la télécommande qui ouvrit le portail de la propriété et la porte du garage. La voiture s'arrêta silencieusement et Romain descendit. Martin n'avait pas vidé la maison. Elle était vendue en l'état avec tout ce qu'elle contenait. Clairement Romain avait juste à poser ses valises et se sentir chez lui. La décoration était sobre et de bon goût. Il n'y avait rien à jeter. Comme dans la société qu'il venait d'acquérir, rien à redire, cette affaire tournait comme une horloge et Martin aurait très bien pu mettre en place un gérant. Mais ce dernier semblait avoir envie de ne plus avoir de fil à la patte et la vente lui était apparue comme la meilleure solution. Au lieu de se diriger vers la maison, Romain prit la direction du sous-sol. Martin avait particulièrement bien aménagé cette partie de l'édifice. L'endroit était frais, sec et sain, parfait pour entreposer toutes sortes de marchandises. Et cela tombait à point, Romain attendait une livraison pour la fin de l'après-midi.
La voiture roula plusieurs minutes. Martin avait perdu la notion du temps et le sens de l'orientation. Il entendit le moteur s'arrêter et la portière claquer. La fraicheur l'enveloppa dès que le coffre fut ouvert. Deux bras puissants le saisirent et l'obligèrent à se redresser. On l'aida à descendre du coffre et on le guida vers un abri. Martin comprit qu'il pénétrait dans une bâtisse quand les bruits s'estompèrent. Les menottes furent ouvertes, le temps de lui lier les mains en hauteurs. Une voix grave lui intima l'ordre de ne pas bouger s'il ne voulait pas être blessé. Martin n'eut pas longtemps à attendre. L'homme lui retira sa montre, sa chevalière et la chaine qu'il avait autour du cou. Il lui enleva sa ceinture en émettant un sifflement d'admiration. Martin se dit que la ceinture ne serait pas perdue pour tout le monde. En revanche, ses vêtements allaient être bon pour le recyclage. En effet, l'homme se contenta de les découper pour l'en débarrasser. Le dernier élément à tomber fut son slip. Martin était à présent nu comme un ver. L'homme commença à lui enduire le corps d'un produit froid et crémeux depuis la base du cou jusqu'au coup de pied. La séance dura plusieurs minutes. Le produit commençait à le chauffer, surtout aux endroits où la peau est plus fine et sensible. Martin ne put réprimer un gémissement sinon de douleur du moins d'inconfort. Un puissant "TA GUEULE CREVURE" lui répondit.
Romain avait à présent pris ses marques dans la maison. Il avait convié pour le soir même quelques connaissances et quelques intimes pour fêter ce nouveau départ dans sa vie. Il s'affairait pour tout soit prêt voire parfait pour cette soirée. Le traiteur devait arriver vers 19h00. La livraison particulière aurait déjà eu lieu depuis au moins une demi-heure. Il lui faudrait gérer le stockage et le recyclage de l'emballage avant l'arrivée du traiteur, heureusement que la maison était équipée de technologie de pointe. Martin n'avait pas mégoté sur les moyens. Il lui restait à choisir les vins qui seraient servis ce soir. Il pénétra dans la cave et resta médusé devant le choix qui s'offrait à lui. Les bouteilles étaient classées par cru et par millésimes. Il y avait pour chaque groupe une fiche répertoriant les remarques de Martin quant au bon accord mets-vin. Il prit note de s'inscrire à des formations d'œnologie pour conserver un tel catalogue à sa disposition. Le choix lui prit bien plus que les quinze minutes qu'il avait envisagées.
Le rinçage de la crème dépilatoire était fini, un rinçage au jet évidemment. Martin s'était ensuite retrouvé à genou. L'homme lui avait enlevé la cagoule avant de lui bander les yeux et de lui raser la tête et les sourcils. Il n'avait plus un poil sur le corps. Il lui avait ensuite fait subir un lavement des plus humiliants, le gratifiant de commentaires tous plus salaces les uns que les autres. La séance finie, l'homme lui avait inséré un plug de bonne taille dans l'anus et sans lubrifiant s'il vous plait, afin de rendre la pratique bien douloureuse. Enfin l'homme avait placé un collier en métal autour de son cou et l'avait, selon ses dires, riveté. Martin fut ensuite ramené à la voiture et replacé dans le coffre. L'homme regarda sa montre, il lui restait largement le temps de nettoyer les lieux et prendre une bière avant de terminer sa mission.
18h30, la sonnette du portail venait de retentir. Par le visiophone, Romain reconnut la voiture qui venait le livrer. Il ouvrit le portail et guida l'homme jusqu'à l'accès extérieur du sous-sol. L'homme ouvrit le coffre en fit sortir l'homme nu et enchainé qui s'y trouvait et le guida vers la pièce qui allait être son seul univers à compter de ce jour. Le collier de Martin fut relié à une chaine accrochée au mur. L'homme remit à Romain tous les documents et les objets de valeur que Martin portait lors de son enlèvement. Romain déposa tout cela dans un coffre qu'il referma et indiqua la sortie à l'homme. Ce dernier lui tourna le dos et fit ainsi le dernier geste de sa vie. Romain lui fracassa le crâne avec une matraque métallique. Il chargea ensuite le corps sur un chariot qu'il amena à l'incinérateur. Ce matériel extrêmement performant ne laisserait aucune trace du corps. Il ne lui restait qu'à ranger correctement la voiture, un ami viendrait la chercher et en ferait des pièces détachées.
Les invités commençaient à arriver et la fête fut des plus réussies. Le traiteur, comme à son habitude, était excellent et les vins sélectionnés avec soin par Romain accompagnaient à merveille ce festin. Le dernier convive parti, Romain se rendit à la cave. Il s'approcha de Martin et lui retira la cagoule. Peu habitué à la lumière, Martin eut un mouvement de recul face à la lumière violente. Romain le regarda avec un sourire amusé, en lui disant :
- "Encore une fois, tu as eu ce que tu voulais ! Tu as disparu de la circulation et tu es à ma merci ! Tu sais que je vais en abuser et à ce que je vois ça t'excite. Comme nous l'avions convenu je vais te faire deux promesses :
1 - tu ne sortiras plus jamais d'ici ;
2 - je vais te détruire lentement et douloureusement. Tu peux parler pour la dernière fois, as-tu quelque chose à dire ?
- Vive la retraite", répondit Martin.
Sans ajouter quoique ce soit, Romain posa un bâillon à Martin et il lui délia les mains. Il quitta la salle en prenant soin de laisser la lumière à sa plus forte puissance. "Oui c'est ça vive la retraite", repensa Martin.
Texte complet
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